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Et si le jazz, c’était avant tout une question de son ? S’il s’agissait d’en donner toute l’ampleur et toute la densité ? Si le jazz passait d’abord par l’énergie mais aussi par une certaine façon de faire vibrer la note pour que ses ondes parviennent jusqu’à l’âme ?

Dans cet exercice, le saxophoniste Thomas Ibanez se livre à un véritable moment d’héroïsme, portant haut les plus belles heures du sax tenor. De celles qui vous envoient au plexus une façon de faire chanter leur saxophone avec autant d’élégance et de swing que toutes les femmes à ronde ( et les hommes aussi) tombent sur son chemin comme des mouches ivres de sensatione t de liberté.
Il y a chez Thomas Ibanez toute l’histoire de l’instrument et l’on s’épuiserait à citer toutes les références qu’il y a dans son jeu : Coleman Hawkins, Sonny Rollins, Dexter Gordon, Lester, Ben Webster et tout ceux qui ont écrit au sax ténor les plus belles pages de l’histoire du jazz.
Il faut entendre comment le son de Thomas Ibanez vous enveloppe tout entier sur Embraceable you. Ce n’est plus une caresse, c’est une étreinte. Et Thomas Ibanez avec son gros son au velours chaleureux touche la cible en plein coeur. OU encore cette version débridée de If Ever I would leave you qui rappelle sans ambage la version de Rollins entendue sur "What's new"


Pour savoir où on va il faut, dit-on savoir d’où l’on vient. La route de Thomas Ibenez est, elle tracée, assurée et sans ambiguité. Il vient du bop et du swing et il y va avec autant de passion que de brio !
Et pour tracer sa route il lui fallait des camarades de jeu qui partagent cet héritage. Et dans ceux-là, il y a Fabien Mary qui livre ici une partition étincelante, brillantissime. Un orfèvre en la matière. Les deux font la paire.
Sur le terrain de ce jazz qui vient des traditions, ceux-là ne jouent pas à faire semblant. ils assument ce qu’ils sont et lorsqu’on les entend on sait comme une évidente évidence pourquoi le jazz nous est chevillé au corps.
Parce que ces moments-là nous sont aussi essentiels que l’air que l’on respire. Et avec eux, on respire fichetrement bien !


Jean-Marc Gelin